Centre de Méditation
Kadampa France

« Aider les autres, ça me rend heureux »

décembre 2010 | Vivre au CMK France

Résident du CMK France, Philippe Patry témoigne par son exemple des bienfaits du don.

Qu’est-ce que la rencontre avec la tradition Kadampa a changé dans ta vie ?

Au début, ça n’a pas changé grand-chose. J’allais à des enseignements à Nantes et ça m’a pris beaucoup de temps avant de rentrer dans les enseignements eux-mêmes. J’étais incommodé par les prières, ça me rappelait mon enfance avec des mots qui ne m’avaient pas été expliqués et que j’avais répété sans comprendre ce que je disais. Prière, bénédiction, confession, v?u ; tous ces termes étaient étiquetés pour moi « foi aveugle ». A l’époque, quand je demandais à quoi ça servait, on me répondait : « Ne pose pas de question, c’est comme ça, il faut faire comme ça. »

Une fois dépassé ce blocage, j’ai pu travailler sur mon esprit comme jamais je n’avais pu le faire auparavant car j’avais enfin des outils pour le faire. Qu’est ce que je fais précisément quand j’aime les autres, quand j’ai de la compassion pour les autres ? Je ressentais ça, mais je ne pouvais pas aller plus loin. Qu’est ce que ça produit d’aimer les autres ? Au-delà de « c’est bien, c’est super ». L’objectif n’était pas clair. Autre exemple, quand j’étais petit, j’adorais aller à la pêche. Jamais on ne m’avait expliqué les conséquences de cet acte, notamment pour l’être qui le commet. Et pourtant, on enseigne la compassion, l’amour, mais ça reste vague. A la lumière des enseignements de Bouddha et de Guéshé-la, c’est inconcevable. Tous les êtres vivants sont considérés comme aussi précieux que les êtres humains, que moi.

Comment mets-tu le bouddhisme en pratique dans ta vie quotidienne ?

En aidant les autres à avoir moins de difficultés dans la vie, quitte à changer mes plans. Si je suis là au moment où quelqu’un a un problème, ce n’est pas anodin. C’est mon rôle de pouvoir agir. Quand j’aide une personne, j’imagine que cette personne va aider 50 000 fois plus. J’ai une anecdote à ce sujet. Quand je vivais à Glasgow, je donnais la soupe populaire. Il y avait un homme qui s’appelait Donnie. Il vivait dans la rue car sa fille était morte dans des conditions atroces et ça l’avait dévasté. Donnie s’inquiétait toujours de savoir s’il y avait des jeunes femmes dans la rue. Et dès qu’il savait qu’il y en avait une qui vivait dans un endroit dangereux de la ville, il laissait sa soupe et fonçait immédiatement la protéger des dealers ou des proxénètes, quitte à mettre sa vie en danger. Donc ok, j’aidais cette personne en lui servant la soupe. Mais lui faisait un travail bien plus extraordinaire que le mien. Il n’y avait que lui qui pouvait faire cela. Il protégeait toutes les jeunes femmes en difficulté de la ville. Cela m’a profondément marqué. La personne à qui l’on donne a peut-être des capacités extraordinaires quand bien même elle paraît démuni. Et parfois, un tout petit don peut avoir un impact incroyable. Par exemple, si on donne à quelqu’un qui n’a pas assez d’argent pour acheter son ticket de bus. Cette personne va peut-être à un entretien d’embauche et être à l’heure à ce rendez-vous va changer sa vie.

Qu’est ce qui t’aide à être heureux ?

Diminuer l’auto-préoccupation, c’est exaltant. L’auto-préoccupation, c’est un état qui embourbe, un peu comme une voiture qui arrive dans un chemin boueux. L’esprit est de plus en plus embourbé, de plus en plus étroit, jusqu’à arriver dans un cul de sac. On tourne en rond.

Quand on arrive à diminuer l’auto-préoccupation par le don, quand on donne, quand on pense aux autres, à ce dont ils ont besoin, ce qui les aide à sortir de leurs difficultés, ça ouvre l’esprit. L’esprit va percevoir des choses beaucoup plus larges, beaucoup plus grandes. On peut par exemple visualiser le bien-être de l’autre auquel on peux contribuer. Diminuer mon auto-préoccupation rend mon esprit plus léger, plus vif et ça me rend joyeux.

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