Centre de Méditation
Kadampa France

« Une grande conscience de chaque geste »

août 2012 | Séjour Faire un break

Après deux semaines d’enseignements au Centre de Méditation Kadampa, Ada a tenté l’expérience de la retraite en silence. Cinq jours et demi qui ont été riches d’expérience et de prise de conscience pour elle.

Tu es restée 5 jours et demi en silence, est-ce difficile ?

Non, pas du tout. Tant qu’on n’a pas fait l’expérience, on ne peut pas savoir. Je comparerais ça un peu à un jeûne. Manger, parler, on le fait tous les jours de manière quasiment mécanique et on a du mal à imaginer que l’on puisse s’en passer, alors qu’en fait ce n’est pas si difficile. Quand on parle de silence, il est important de faire une disctinction entre silence extérieur et silence intérieur. Le plus difficile c’est de faire le silence intérieur. Dans mon expérience, il se trouve que le silence extérieur m’a permis d’atteindre un certain silence intérieur. Il est vrai que les conditions ont facilité la tâche ! Le cadre est idyllique, très calme, dépourvu d’agitation extérieure dans la mesure où tout le quotidien est pris en charge (repas, courses, etc).  On sent une sorte de bienveillance invisible, avec des gens qui prennent soin de nous, qui veillent à ce que tout se passe bien. 

Nous étions quatre à être en silence dans une maison du centre. Même si on partageait la même maison, on avait chacun notre espace. Chaque chambre était équipée avec tout le matériel nécessaire pour méditer (livres, CD de méditation, coussin), sans oublier la salle de méditation de la maison, dans laquelle il y avait une très bonne énergie. Elle me portait beaucoup, cette salle était très inspirante. Et j’étais contente de me dire que je participais à cette énergie en y méditant. Dans la maison, tout le monde faisait vraiment attention pour préserver une grande qualité de silence, notamment au moment des repas. Le fait d’observer le silence pour les autres est très bénéfique car comme tu fais attention aux autres, cela réduit ton propre bruit intérieur. Cela permettait par ailleurs d’avoir une grande conscience de chaque geste, de le vivre pleinement, de réellement savourer et d’honorer notre nourriture.

Finalement, on apprécie d’autant plus la parole quand on sort du silence ; on a moins tendance à avoir peur du vide, à vouloir le combler par les mots à tout prix.

Quels thèmes as-tu travaillés ? As-tu eu des prises de conscience forte durant cette retraite ?

J’avais suivi deux semaines d’enseignements juste avant, ici au CMK. Du coup, cette retraite m’a permis de reprendre les thèmes qui m’avaient marquée et que je souhaitais approfondir.

Tout d’abord, prendre conscience de tout l’amour que notre mère nous a donné. J’ai pour le moment des relations assez conflictuelles avec ma mère. On a parfois tendance à voir tout ce que notre mère n’a pas fait plutôt que de prendre conscience de tout ce qu’elle a effectivement fait pour nous. Quand bien même elle aurait fait des choses « mauvaises », il faut se souvenir que la faute incombe à ses perturbations mentales. Du coup, plutôt que d’en vouloir à ma mère, j’ai éprouvé durant mes méditations de la tristesse ou de la compassion en pensant qu’en fait elle souffrait et qu’elle continue à souffrir. Finalement, de la même manière qu’elle m’a acceptée inconditionnellement quand j’étais petite, de même, je peux moi aussi l’accepter inconditionnellement aujourd’hui et l’aider grâce à la chance que j’ai eue de pouvoir accéder à ces enseignements. J’ai ressenti dans mon coeur un changement, un basculement d’attitude. Dans le sens où la colère, l’irritation ont laissé place à un sentiment d’amour et de compassion. Après bien sûr, reste à le mettre à l’épreuve, en situation !

En partant de l’amour, j’ai travaillé ensuite sur l’aversion et sur l’absurdité de ce sentiment. J’ai vraiment travaillé à transformer l’aversion en compassion. En s’appuyant notamment sur le fait que nous sommes tous pareils : nous souffrons tous et nous essayons tous d’atteindre le bonheur. Par ailleurs, quand on sait que nous mourrons tous au final, j’étais triste pour les personnes pour lesquelles j’éprouve de l’aversion à la pensée que sans enseignement, elles passeraient leur vie dans leur perturbations mentales, sans changer et sans cesser de souffrir.

Dernier thème : la jalousie. Pareil, j’ai pris conscience que pour beaucoup de raisons, il est totalement absurde d’éprouver ce sentiment-là. Il procède à une double focalisation inappropriée dans le sens où d’une part, on oublie tout ce que l’on a pour se focaliser sur ce que l’on n’a pas, ce qui est insensé et, d’autre part, on se focalise sur ce que la personne a, en oubliant que par ailleurs elle a sans doute plein de souffrances. Donc plutot que d’être jaloux, il vaut mieux être compatissant car nous sommes dans le même bateau du samsara.

Sinon, globalement, je commençais par une méditation avec un objet et quand je sentais que la concentration faiblissait, je passais à une méditation sans objet, sans pensée, car ce sont des méditations que j’ai l’habitude de faire. Pour moi, c’était très compliqué de méditer de façon analytique, avec un objet. En effet, je médite beaucoup depuis 5 ans mais ce sont des méditations pleine conscience, sans objet.

Que faisais-tu entre tes séances de méditation ?

Je me reposais car comme je faisais 4 heures de méditation par jour, c’était assez intense ; cela fatigue, surtout quand on en vient à creuser des thèmes qui sont importants pour nous. Cela remue, on fait du nettoyage interne, ce n’est pas anodin. Donc j’ai beaucoup utilisé les transats, juste pour profiter des bruits des insèctes, des oiseaux, du soleil. Je lisais aussi des enseignements spirituels qui me permettaient d’alimenter mes réflexions et mes séances de méditation. Je profitais aussi du cadre extérieur, de la nature, pour faire du yoga, dans le parc. Je faisais des marches dans la forêt. Notamment le soir, j’avais un rendez vous fixe avec des personnes qui n’étaient pas en silence le reste du temps et on faisait une demi-heure de marche en silence. C’est très beau car on développe une autre forme de relation que verbale. On fait attention à la respiration, aux pas des autres ; on est attentif à ce qu’il y ait le même espace entre chacun. Du coup,  cela développe l’écoute et l’attention.

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